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La prononciation en classe

lundi 5 janvier 2015
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Ouvrage recensé :
Briet, G., V. Collige, E. Rassart (2014) : La prononciation en classe, Presses universitaires de Grenoble, 192 p.
par Mariya Chankova

Un livre qui traite de la prononciation en français ? On dirait que ce n’est pas nouveau ; en effet, depuis les années 80 des exercices en phonétique ont paru avec ponctualité, fournissant des activités complémentaires pour la classe du FLE (les exercices systématiques de Monique Léon, par exemple, ou encore Enseigner la prononciation en français de Bertrand Lauret). Dernièrement, l’intérêt pour la prononciation dans l’enseignement du français s’est intensifié, probablement dû au fait que l’approche communicative dans la didactique des langues a petit à petit cédé sa place à l’approche par compétences multiculturelles et globales. La nouvelle approche met en relief tous les éléments de l’apprentissage de la langue, y compris la prononciation. C’est précisément ce que les auteures cherchent à promouvoir, « une conception de l’apprentissage qui considère l’individu dans sa globalité » (p.10).

L’approche communicative insiste sur l’oral, mais c’est surtout le message et l’acte de la parole qui sont mis en relief ; se faire comprendre dans des situations communicatives types est primordial. Par contre, selon les auteures, l’enseignement par la prononciation et l’intonation de la langue ajoutent une dimension physique et affective à la fois, qui sensibilise les apprenants à l’acquisition d’une nouvelle identité.

Le livre est conçu en trois parties, chaque partie comportant une introduction théorique et des fiches d’activités. La première partie traite du rythme de la langue et de l’intonation, en fournissant des informations sur la division en syllabes, les mots phonétiques et les accents. Du point de vue de l’apprenant bulgare, dont la langue maternelle possède un accent lexical, ce sont des questions qui ne sont que rarement abordées dans les cours.

La deuxième partie recense les voyelles françaises, tout en prenant en compte l’évolution dans la prononciation du français puisque cette partie différencie treize voyelles actuelles en comparaison avec les seize voyelles historiques. Les auteures proposent également suffisamment d’informations pour les enseignants afin de les aider à répertorier les voyelles à formation problématique pour les apprenants bulgares. Il faut souligner ici que l’approche globale adoptée par les auteures ne se focalise pas sur la correction, mais vise à développer un sens pour les éléments prosodiques ; aussi l’apprenant ne se sent-il pas stigmatisé dans l’erreur.

La troisième partie traite des consonnes, en proposant des astuces et des instruments afin d’en corriger la prononciation. Il est à noter que la plupart de ces astuces sont tirées des observations concrètes sur les difficultés des apprenants de français de toute une panoplie de nationalités différentes (Kaneman-Pougatch & Guimbretière 1997, Lauret 2007, etc.). Les enseignants roumains seront facilités par la présence de données collectées de sujets roumains. Bien que les auteures n’aient pas eu de sujets bulgares (ou albanais), l’enseignant bulgare (respectivement, albanais ou arménien) peut s’appuyer sur certains des cas décrits (russes ou slaves, par exemple) et à ses propres observations afin d’utiliser le livre de façon efficace.

Ce sont les fiches d’activités qui constituent l’atout majeur de ce livre. Conçues de façon à faciliter leur intégration dans la classe du FLE (par niveau, par la durée approximative, par la liste du matériel nécessaire), elles proposent des activités diverses qui permettent également aux apprenants de se familiariser avec la culture et la civilisation françaises. Un site internet accompagnateur contient les enregistrements nécessaires pour les activités. Les fiches d’activités diffèrent des activités d’écoute traditionnelles que certaines des méthodes didactiques incluent dans leurs manuels, ces dernières étant focalisées sur la compréhension ; il faut néanmoins souligner que, de plus en plus, les manuels de français proposent des activités phonétiques centrées sur la discrimination des sons (voir Connexions des Editions Didier, par exemple). La variation des activités que les auteures ont développées intègrent à la fois l’élément du jeu et engagent la gestualité de façon à travailler la prononciation dans une atmosphère décontractée et aisée.

Les sujets sont présentés de façon indépendante, permettant à l’enseignant de les aborder suivant les besoins de sa classe. Les fiches d’activités sont parfaitement compatibles avec des cours de phonétique corrective en tant que ressources complémentaires et pourraient accompagner les cours de français pratique au secondaire, mais aussi au supérieur. Bien que le livre ne soit pas spécialement adapté aux apprenants bulgares, l’enseignant peut choisir les fiches qui adressent des problèmes de prononciation typiques pour les apprenants bulgares, par exemple, les fiches N32, 35, 37 de la partie des voyelles (nous avons déjà cité que toute la première partie du livre comblerait une lacune importante dans l’enseignement pour les apprenants bulgares). Ce volume est à recommander à tout enseignant de FLE, de quelque nationalité qu’il soit, qui voudrait tenter une approche holistique dans l’enseignement tout en favorisant une sensibilisation des apprenants envers la musique de la langue. Le livre contient d’amples informations qui aideraient l’enseignant d’en tirer le maximum de profit pour les apprenants dans son contexte particulier.

Mariya Chankova , Dr. Phil.
Université du Sud-Ouest N. Rilski, Blagoevgrad, BULGARIE

Références :
Kaneman-Pougatch, M. & Pedoya-Guimbretiere, E. (1997). Plaisir des sons. Paris : Alliance française & Hatier/Didier
Lauret, B. (2007). Enseigner la prononciation en français : questions et outils. Paris : Hachette (Collection F).
Léon, M. (1976). Exercices systématiques de prononciation française. Paris : Hachette et Larousse.
Puren, C. (2006). « De l’approche communicative à la perspective actionnelle », Le Français dans le Monde 347, pp. 37-40.


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