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Le rôle des TICE dans l’enseignement du FLE dans l’enseignement supérieur : le blog

vendredi 13 février 2015 par Emanuela SVILAROVA
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Résumé : Le but de cette recherche-action est d’augmenter la motivation des apprenants de FLE dans les études supérieures. La recherche est menée auprès d’étudiants de l’Université de Sofia ayant le français en option, ce qui empêche leur fréquentation du cours ou leur assiduité quant aux tâches assignées. L’outil sur lequel porte la recherche est un blog qui assure le suivi du cours et propose des activités supplémentaires. La recherche-action a été encadrée par deux questionnaires : l’un portant sur les attentes du blog, en début de semestre, et l’autre sur les possibilités offertes par le blog, en fin de semestre. Les habitudes des étudiants en ce qui concerne l’utilisation d’Internet, à la fois comme loisir et comme outil inclus dans leurs autres cours, ont également été consignées. A la fin du semestre, le blog a été jugé utile : les étudiants ont même conclu à une hausse de leur niveau de français.

Резюме : Целта на изследването чрез действие е да се увеличи мотивацията на изучаващите френски като чужд език във висшето образование. Изследването е проведено върху студенти от Софийския университет, за които френският е избираем предмет, което пречи на редовните им посещения на курса и на съвестното изпълнение на възложените им задачи. Механизмът, взет като обект на изследване, е блог, осигуряващ информираност относно напредването на курса и предлагащ допълнителни дейности. Изследването започна и завърши с два въпросника : единия относно очакванията на студентите относно блога, в началото на семестъра, и втория относно предложените от блога възможности, в края на семестъра. Навиците на студентите в областта на употребата на Интернет, както в свободното време, така и като инструмент, включен в други техни курсове, също бяха отчетени. В края на семестъра блогът бе оценен като полезен : студентите дори заключиха, че нивото им по френски език се е повишило.

La présente recherche est basée sur quelques assomptions sur le degré d’efficacité de l’enseignement du FLE dans le supérieur en Bulgarie. L’établissement d’éducation supérieure où la recherche a été conduite est l’Université de Sofia, et l’échantillon d’étudiants comprend des étudiants en Sciences humaines (Facultés d’Histoire et de Philosophie), en première et deuxième année, ayant suivi un enseignement intensif de la langue française au secondaire et ayant le niveau B2 (certifié ou non). Au moment de leur entrée à l’Université, et du choix de l’option « FLE », ils passent un test de niveau qui permet la bonne répartition en groupes. L’enseignement du français à ce stade n’est pas orienté strictement sur les intérêts professionnels ou éducatifs des étudiants, du fait des nombreuses lacunes à remplir, et du fait du peu d’heures d’enseignement (60 heures par semestre).

La motivation des étudiants au début du cours est essentiellement extérieure : ils ont déjà suivi un enseignement intensif ; ils ont des outils pour apprendre, et leurs attentes sont positives. Leur motivation de choisir la langue française découle uniquement d’eux-mêmes : à la différence de facultés où les étudiants passent des concours d’entrée en français qui déterminent un futur approfondissement de l’apprentissage (et donc des cours obligatoires en français), les étudiants en Sciences humaines entrent à l’université en passant des concours dans presque toutes les matières enseignées au lycée. Ayant le français en option, tout comme les autres langues étrangères, la fréquentation du cours ne dépend que de leur motivation propre.

Un décalage est pourtant à signaler entre la motivation initiale, lors de l’inscription au cours, la motivation au milieu de l’année académique et la motivation en fin d’année. L’enseignement se fait en utilisant des ressources pédagogiques destinées à des adultes : des articles de manuels (Alter ego, Campus, Civilisation en dialogues), les cours sont thématisés et couvrent un éventail de sujets qui pourraient leur être utiles dans leurs études ; les activités et tâches proposées sont beaucoup plus ciblées sur la vie de l’étudiant (comment faire un exposé oral : techniques ; comment écrire une lettre de motivation, une plainte, etc.) et sur la vie professionnelle (rédiger une synthèse de documents, un compte-rendu, un texte argumentatif ; le monologue suivi, etc.). La motivation des étudiants se trouve donc en baisse, et ceci non tellement du fait qu’il leur manque des connaissances, mais qu’ils se trouvent soudain confrontés à une réalité beaucoup plus palpable de l’utilisation du français en contexte quasi-authentique. Le premier contrôle continu est en général peu satisfaisant, aussi bien pour le prof que pour les étudiants. Cependant, à partir de la fin du premier semestre jusqu’à la fin de l’année académique, leur motivation augmente et ils trouvent finalement que le cours de français leur a été utile, que leur niveau de français a augmenté (cf. résultats de l’enquête de satisfaction ci-dessous).

Les obstacles devant un enseignement dispensé à des étudiants venant de nombreuses filières sont, d’abord, la presque impossibilité de trouver des horaires libres pour tous les étudiants (et pourtant, sur 40 à 60 étudiants par année, seulement 2 à 5, en général, ne trouvent pas moyen de fréquenter le cours) ; ensuite, c’est une légère différence de niveau et conscience de sa propre imperfection qui rend les apprenants assez réticents, au début, de s’exprimer en cours et de participer aux tâches collectives ; finalement, la recherche de supports textuels, auditifs, audio-visuels qui intéressent la plupart des étudiants, car les cursus des étudiants divergent quand même significativement (philosophie, sciences culturelles, ethnologie, histoire…). Ces obstacles sont largement suffisants pour provoquer, chez certains étudiants, une baisse considérable de la motivation, et chez des cas isolés, la décision d’abandonner le cours de français en changeant d’option (3 cas en 6 ans).

Ainsi, il importe de voir les possibilités d’augmenter la motivation intérieure du cours de français, en perdant le moins possible le gros apport de la motivation extérieure déjà présente. A cette fin, j’ai entrepris, dès la deuxième année de ma pratique professionnelle, la rédaction d’un blog visant à régulariser le travail des étudiants sous quelques axes, présents dans chacune des publications :

  • un bref compte-rendu, en quelques phrases, du déroulement de la dernière séance (support, tâches, pages d’un manuel de français ou lien vers le document en ligne) ;
  • les tâches et activités à effectuer comme préparation pour le cours suivant (de nouveau avec leurs références) ;
  • des supports de nature diverse à trouver sur Internet pour aller plus loin. Le succès de cette pratique n’a pas été évalué jusqu’au début de l’année académique 2013/2014, lorsque le blog a fait l’objet d’un intérêt scientifique de la part des participants à la Conférence sur la motivation en langue française organisée par le CREFECO à Sofia, fin octobre 2013. C’est à ce moment-là qu’il a commencé à faire l’objet de la présente recherche-action, pour estimer l’efficacité de son fonctionnement.

La situation sociopolitique en Bulgarie pendant l’automne et l’hiver 2013 n’a pas été très favorable à la mise en œuvre de la recherche-action : les étudiants de l’Université de Sofia, participant au large mouvement de contestation du pouvoir en place, ont bloqué à deux reprises l’accès aux bâtiments, représentant au total 40 jours d’inaction suivis par un calendrier accéléré de reprise de cours et une session d’examens d’hiver considérablement abrégée. Les matières en option, tel le français, ont le plus souffert, et la véritable reprise des cours n’a pu s’effectuer qu’à la mi-mars (jusque-là de nombreux étudiants ne fréquentaient pas le cours, ou bien n’étaient pas assidus ; il y a eu deux absences du groupe entier).

Au milieu du semestre, un premier questionnaire a été soumis à l’attention des étudiants de niveau B2+, d’où il est ressorti qu’ils trouvent le blog, en théorie, utile, mais que leurs attentes sont beaucoup plus fortes quant à son utilisation active. Les aptitudes informatiques des étudiants se sont avérées très bonnes, et ils ont tous fait preuve d’une utilisation régulière d’Internet et des logiciels Microsoft Office, aussi bien pour un usage professionnel que comme loisir. L’utilisation généralisée des TIC dans le curriculum des étudiants est accueillie avec joie : 7/8 étudiants croient que c’est une bonne idée. Il s’est pourtant avéré que dans leur parcours d’étudiants, l’utilisation des TICE est plutôt rare : elles sont utilisées dans d’autres cours du curriculum (à part le français) par seulement 4/8 étudiants. Un seul d’entre eux est inscrit à des disciplines où l’on utilise les TIC, et il dit que leur nombre est 5 à 6, alors que les autres parlent de 1 à 4 cours (pour une totalité de 8 à 12 disciplines par semestre).
En matière d’apprentissage du français, ils font preuve d’une bonne connaissance des types d’activités qu’il est possible de réaliser sur Internet, et ils connaissent bien leurs points faibles, citant des compétences langagières qu’ils aimeraient améliorer.
Ils trouvent que l’aide du blog serait la bienvenue pas tellement comme suivi du cours (plan, devoirs à la maison), mais comme support de diversification du contenu. Pour cette raison, les activités et liens proposés représentent plutôt de nouveaux supports textuels et audio-visuels qu’un plan détaillé, résumant les activités faites pendant le cours.

Voici une liste d’activités proposées en relation avec les cours et les demandes des étudiants :

  • des documents-supports pour approfondir la pratique des éléments présents dans le cours :
    • des modèles de lettres officielles ;
  • des éléments culturels des leçons :
    • des notions philosophiques (la notion d’hédonisme)
    • des phénomènes culturels (des plats ; des recettes)
  • des jeux :
    • Jeu du portrait chinois ;
  • des exercices de grammaire :
    • sur le conditionnel ;
  • des émissions :
    • une interview de François Cheng ;
  • des articles scientifiques concernant les domaines d’étude des étudiants :
    • Les structures élémentaires de la parenté de Claude Lévi-Strauss ;
  • des réponses à des questions ayant surgi pendant le cours (p. ex. la représentativité dans le système législatif français) ;
  • et finalement une activité censée résumer les compétences acquises pendant le semestre : la création d’un blog afin de militer pour une cause (je fournis deux exemples réussis de blogs).

Cette dernière activité prévoyait pour les étudiants de créer un blog, censé être inclus dans la liste des « Liens utiles » du blog principal. Ainsi, les autres étudiants du cours pourraient s’y rendre facilement et laisser leur commentaire, pour effectuer un échange tout proche d’un échange authentique. Malheureusement, comme cette activité a été accomplie à la fin même du semestre, les réponses aux commentaires sont arrivées lors du dernier cours (pour pouvoir les commenter), et ensuite les étudiants ne les ont pas postées sur les blogs. Les pages de ces deux blogs sont jointes à l’article présent.

L’enquête de satisfaction menée à la fin du semestre se concentre sur les domaines suivants :
1. La progression du niveau de français
Les étudiants trouvent en général que leur niveau de français s’est amélioré, 6 sur 7 étudiants trouvent que leur niveau est en hausse depuis le début de l’année académique, 2 étudiants sont de la même opinion, mais en ce qui concerne uniquement le semestre en cours. Parmi les compétences langagières, les étudiants trouvent majoritairement (5/7) que c’est la compréhension orale qu’ils ont améliorée, 4/7 citent la production écrite. Parmi les activités qu’ils jugent comme étant restées au même niveau, ils citent surtout la production écrite (3/6). Un étudiant juge qu’il a réussi à améliorer toutes les compétences.

2. Des questions pratiques quant à la fréquentation du cours et le temps consacré à la préparation
Trois étudiants disent avoir fréquenté assidument le cours ; 3 autres disent ne pas avoir pu fréquenter assidument le cours, à cause de la charge de leur emploi du temps. Un étudiant évoque le travail pour ses autres cours et son stage à la Présidence comme arguments du manque d’assiduité. La préparation pour le cours suit le même schéma : la moitié dit avoir préparé le cours, les autres avancent des tâches imposées par leurs autres professeurs.

3. Le nombre de consultations du blog et la régularité des visites
Les étudiants ayant consulté le blog plus de 5 fois sont 4/7 ; les 3 autres l’ont visité environ deux fois. Les visites étaient plus fréquentes au milieu (3/7) et à la fin du semestre (5/7).

4. Le profit tiré du blog
Les activités faites à l’aide du blog sont, le plus souvent, les exercices grammaticaux (5/7) ; la compréhension écrite, la compréhension orale et la production écrite reçoivent chacune 2 voix sur 7. Le blog est jugé « très utile » par 4/7 étudiants, et « moyennement utile » par 3/7 étudiants.
L’activité jugée la plus intéressante pour les étudiants est la production orale 5/7 ; les activités jugées les plus utiles sont la compréhension orale (3/7), la compréhension écrite (3/7). Les activités peu utiles en classe sont minoritairement citées : un étudiant cite la correction des activités du Cahier d’activités ; un autre, des explications grammaticales. En ce qui concerne les activités peu utiles publiées sur le blog, il y a toujours deux étudiants seulement qui se sont exprimés : l’un cite la production orale (ce qui est normal, elle doit être réalisée plus tard, en classe, sur le blog il n’y a que des supports déclencheurs). Un autre étudiant cite la compréhension écrite.
La satisfaction des activités publiées sur le blog est la plus grande en ce qui concerne les exercices de grammaire (3/7) ; d’autres étudiants citent le suivi du cours (le plan, les tâches à effectuer chez eux), ou les grands thèmes soulevés lors du cours.
L’utilité du blog est jugée pertinente par 3/7 étudiants : ils jugent que leur réussite n’aurait pas été la même sans l’aide du blog. 2 étudiants pensent qu’elle aurait été la même sans la présence du blog.

5. La satisfaction de la dernière activité effectuée : la création de son propre blog en français
 :

  • 6/7 étudiants trouvent cette activité utile.

6. Des conseils éventuels de la part des étudiants pour améliorer la pratique du blog :

  • des supports oraux 2/7 ;
  • des informations actuelles 2/7 :
  • des films français, plus de vidéos ;
  • la création d’une page Facebook pour publier des liens vers les dernières publications du blog.

La satisfaction générale du déroulement du cours et de l’aide du blog a été assez importante, chose que les étudiants ont exprimée à plusieurs reprises lors de nos rencontres. Ils ont eu de meilleurs résultats par rapport à l’année dernière. Certains étudiants ont un cours de français biannuel, ce qui est suffisamment représentatif. Leur engouement pour la création d’un blog personnel est aussi de bon augure.

Il ne faut pas, bien sûr, oublier que c’est une première tentative d’encadrement du cours, et qu’il reste beaucoup à faire. La plupart des étudiants ont demandé si le blog sera mis à jour pendant l’été, pour qu’ils puissent maintenir leur niveau en français. Des demandes de publications plus longues ont aussi été faites, comme il est visible aussi de l’enquête : des films et des livres libres de droits.


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13 février 2015
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